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Au temps du noir et blanc
Des histoires magnétiques
Projetaient sur l'écran
Leur mystère électrique.
Et sous des éclairages
Tranchants et dramatiques
Se jouaient des ravages
Troublants et pathétiques.
Refrain:
On peut appareiller
Pour des mondes insensés
Dans les fauteuils en teck
De la cinémathèque.
On peut tout oublier
Et tout échafauder
Dans les fauteuils en teck
De la cinémathèque.
C'était pendant la guerre
C'est flou, c'est pas très clair,
Car au fil des transferts
La copie a souffert.
Mais on voit défiler
En lettres surannées
Un tas de noms mythiques
Au long du générique. Au refrain
Des drames les plus austères
Aux émois minuscules,
Des châteaux en Bavière
Aux jours de canicule,
Dans le luxe, la misère,
La peur, le ridicule,
Tout s'inscrit dans l'hiver
Glacé de la pellicule. Au refrain
Des silhouettes dantesques
Impriment sur les murs
Des ombres gigantesques
Assorties de mumures.
Et l'on s'imagine presque,
Assis dans la voiture,
Faire partie de la fresque
Et changer de stature. Au refrain
A l'ombre des faux-cils,
Moulée dans son fourreau,
Une femme a le cur gros
A cause d'un imbécile.
Et sur un quai blafard,
Noyé dans le brouillard,
Un gosse, d'un air hagard,
S'en remet au hasard. Au refrain
Mais toutes ces trahisons,
Ces truands, ces espions,
Ces flics, ces fanfarons,
Sont toujours de saison.
Ils tournent toujours en rond
Avec leurs obsessions
Mais sont beaucoup moins bons
A la télévision. Au refrain
Elle aimait les histoires à risques,
N'aimait pas le flou artistique,
Etait adorée du public
Et faisait des trucs fantastiques.
Après les tigres et les lions
Elle faisait son apparition
Et flanquée de son Pygmalion
Elle commençait ses tourbillons.
Elle était belle, elle était svelte,
Gainée dans toutes ses paillettes,
Et les gamins et les mouflettes
En écarquillaient leurs mirettes.
Les jongleurs et les écuyers
En avaient le souffle coupé,
Et si l'orchestre continuait,
Les cuivres avaient l'air enrhumé.
Dévorée par les entraînements,
Les fatigues et les déplacements,
Elle n'avait jamais eu le temps
De s'amouracher d'un amant.
Les clowns blancs comme les augustes
Se disaient que ce n'était pas juste
Que cette reine sans couronne
N'appartienne jamais à personne.
Le dompteur l'aimait en secret,
Mais lassé de ses camouflets,
Un soir d'hiver, désespéré,
Il désenclencha le filet.
Quand de tout là-haut il vit ça,
Pygmalion perdit son sang-froid,
Et sur la sciure de l'agora
La trapéziste s'effondra.
Etoiles, ne venez pas sur terre
Vous mêler à notre misère,
Restez plantées au firmament:
Qu'on vous contemple en attendant.
35. COMME DANS LES ROMANS
DE MELVILLE
Tu me manquerais le matin,
Tu me causerais du chagrin,
C'est pourquoi c'est tout aussi bien
Que nous ne pensions plus à rien.
L'ennui c'est que c'est difficile
Car tu m'as rendu(e) volatil(e),
Moi qui ne croyais plus aux idylles,
Je rêve de partir sur une île
Comme dans les romans de Melville.
Il n'y aurait que toi et moi
Entre les sables et les bois
Et l'on mangerait des coquillages
Que l'on ouvrirait sur la plage.
Mais de serait tellement ennuyeux
De voir toujours la vie en bleu
Que l'on brûlerait de pouvoir fuir Sur un radeau ou un navire
Comme dans les romans de Melville.
Moi qui ne croyais plus aux idylles, Je rêve de partir sur une île
Comme dans les romans de Melville.
Tu vas me manquer, c'est certain,
Pas que le soir et le matin,
Mais entre deux maux je sais bien
Lequel est le plus anodin.
Je vais oublier d'être triste,
Oulier même que tu existes,
Ça me donnera, comme aux artistes, Un petit air idéaliste
Comme dans les romans de Melville.
Moi qui ne croyais plus aux idylles,
Je rêve de partir sur une île
Comme dans les romans de Melville.
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